Ce projet concerne ici la nature des liens qui unissent l’Art contemporain et le Sport, ces deux champs apparemment fort éloignés l’un de l’autre pour ne pas dire antinomiques.

Peut-on s’interroger sur ce mariage de la carpe et du lapin ?
De cette alliance contre nature ?
De ce choc des cultures ?

Le sport et l’art en fait, ne cessent de flirter ensemble.
S’il faut admettre l’extrême porosité de ces réalités, leurs interpénétrations grandissantes aux cours de ces quinze dernières années, il conviendra de souligner leur irréductibilité :
L’art et le sport abritent une vision de notre monde.

Déjà, n’entendons-nous pas fréquemment le commentaire sportif : « Il faut défendre ses couleurs » ? Accomplissement, dépassement, affrontement, confrontation, concentration, ténacité, volonté, défis, enjeux, buts …

Ces concepts traversent en permanence les univers du sport et de l’art, tant du point de vue de l’engagement que de celui du sacrifice.
On voit également apparaître sur ces terrains, la notion d’ « espace/temps » (déroulement des actions et de l’enjeu), les remises en questions des « cadres et des frontières » :
L’un teste et pousse les limites en pulvérisant les records,
l’autre joue avec la porosité des frontières de l’art, décloisonne les pratiques et disciplines, devient pluridisciplinaire.

Le sport de combat possède des règles visant notamment à garantir l’intégrité physique. Il fait très souvent l’objet de compétition ou d’opposition et nécessite la présence d’arbitres.

D’un coté, le sport de combat s’éloigne du combat réel, mais de l’autre, il permet de se confronter à un adversaire ayant des réactions imprévisibles.
L’art, lui, est précisément un art de l’incertitude et de la résistance, une pratique dont le résultat n’est jamais acquis d’avance, un pari sur l’inconnu.

L’art contemporain jette un regard sur le rythme effréné de la vie dans la société moderne , plus complexe, plus dangereuse, plus rapide.

La vie contemporaine prend des allures de performances sportives.
Voici une autre raison de rapprocher l’art et le sport : une violence maîtrisée au quotidien.
Bien des artistes en appellent à la mise en valeur de la réalité brute.

L’art doit être relié aux choses de tous les jours, se produire dans l’instant (les performances), en étroite relation avec le contexte.
Nous avons affaire à la relation de l’art et du réel. Au réalisme ?

Il serait désobligeant de ne pas évoquer aussi le lien étroit qui les unit par le biais du corps. Le culte du corps a eu de tout temps ses périodes de gloire, des statues grecques aux couvertures de magazines.
Le culturisme devient-il une forme de « body-art »?
La question du corps comme forme à modeler, le corps à corps, … rappellent les combats classiques des artistes avec la matière.

Le tableau devient un ring où lutte l’artiste et s’entrechoquent les couleurs.
C’ est un espace restreint, un cadre qui, comme la toile de certains artistes, doit être dominé. C’est enfin un espace géométrique rigoureusement dessiné, lieu de tensions et d’énergies les plus intenses.
Echanges, renvois de balles, smashes sont aussi la teneur de l’échange artistique tant avec le public qu’avec les critiques, les historiens ou les marchands.

S’il est une structure, issue du réel le plus concret et le plus contemporain par laquelle Art et Sport se croisent, s’interrogent, se nourrissent et parfois coïncident dans une superposition assez étonnante, c’est bien celle de l’entreprise individuelle.

La majorité des artistes doivent développer des talents d’entrepreneurs afin de promouvoir leurs projets.
L’artiste, en quête permanente de partenaires et d’aides, devient un véritable marathonien, dans la solitude du coureur de fond !

Et que dire de la compétition, des prix, des trophées ?
Pour le sport, est-ce sa nature même, sa raison d’exister, son ferment, la source de toutes les excitations qu’il procure ?

Pour l’art, la chose semble beaucoup moins claire.
L’essence, le sens, l’absolu y sont bien sûr toujours mis en avant mais à y regarder de plus près , que signifient tous ces prix ? « De Rome », « Duchamp », « Turner », « De la création » …
Tous ces classements ? L’artiste le plus connu ? Le plus cher ?

L’art est –il un sport de combat ?
Soi contre soi ?
Soi contre les autres ?


Une chose est certaine . Tout deux insufflent une énergie, une vitalité, travaillent avec acharnement, constance et précision à perfectionner ce fameux geste dont la beauté fait la qualité.

C’est sur l’ensemble de ces réflexions, grâce aux artistes sollicités et avec le soutien des structures culturelles , que nous invitons le public à cette nouvelle aventure :

Chefs d’œuvres sportifs ou Exploits Artistiques ?

Sylvie Caty & Allen Bouhier,
directeurs artistiques

Ref : « La beauté du geste » - J.M. Huitorel - Editions Du Regard - 2005